Europe : élévation des températures et risques liés au chikungunya

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Une étude publiée dans le Journal of the Royal Society Interface a révélé que le virus chikungunya CHIKV) peut être transmis par Aedes albopictus à des températures aussi basses que 13-14 °C, soit 2,5 °C de moins que les estimations précédentes (16-18 °C), étendant ainsi la saison de transmission potentielle à travers l'Europe.

Figure : Nombre de mois par an avec un risque de transmission 

La transmission est désormais possible pendant plus de six mois par an en Espagne, au Portugal, en Italie et en Grèce, de trois à cinq mois en Belgique, en France, en Allemagne et en Suisse, et pendant deux mois dans le sud-est de l'Angleterre, en juillet et en août.

Le seuil de température révisé modifie fondamentalement le paysage des risques liés au chikungunya en Europe, car la transmission peut désormais se produire durant les mois les plus frais, période où l'activité des moustiques était auparavant jugée insuffisante pour permettre la réplication virale. Cette période de transmission élargie augmente le nombre cumulé de jours-moustiques infectieux par saison, amplifiant le potentiel épidémique au sein des populations de vecteurs établies et permettant la circulation du virus dans des régions auparavant considérées comme marginales pour la transmission. 

Le début précoce de la transmission, fin mai/début juin, comparé aux pics habituels de juillet-août, suggère que le réchauffement printanier crée des conditions favorables à une amplification saisonnière plus précoce.

Le réchauffement climatique en Europe, environ deux fois plus rapide que la moyenne mondiale, combiné à l'expansion vers le nord d'Aedes albopictus, crée les conditions d'une activité moustique continue tout au long de l'année en Europe du Sud. Ceci supprime le traditionnel frein hivernal qui interrompait auparavant les cycles de transmission entre les saisons, favorisant potentiellement l'établissement d'une population endémique plutôt qu'une réintroduction annuelle par le biais de cas importés.

L'évolution future dépendra fortement de la capacité d'Aedes albopictus à établir des populations permanentes dans les zones actuellement marginales, notamment au Royaume-Uni et en Europe du Nord. Parmi les signes avant-coureurs d'une aggravation de la situation, on peut citer : la détection de populations de moustiques hivernant en Europe du Sud, permettant une transmission continue ; l'établissement d'Aedes albopictus dans le sud-est de l'Angleterre, créant un risque de transmission locale ; un début plus précoce de la transmission saisonnière (avant juin) ; et une augmentation de la taille des foyers épidémiques, suggérant des chaînes de transmission interhumaines soutenues plutôt que des transmissions isolées à partir de cas importés. Les projections climatiques indiquent une expansion continue vers le nord des habitats favorables aux moustiques, le seuil de transmission plus bas (13-14 °C) permettant la circulation virale dans des régions auparavant considérées comme trop froides. L'expansion de l'aire de répartition du vecteur, l'allongement des saisons de transmission et la disparition potentielle du coupe-feu hivernal en Europe du Sud créent les conditions propices à la transition du chikungunya, d'une maladie importée avec des épidémies locales occasionnelles, à un pathogène endémique présentant des cycles épidémiques saisonniers similaires à ceux observés pour la dengue dans les régions tropicales.

Source : BeaconBio

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