Le moustique Anopheles darlingi, principal vecteur du paludisme en Amérique du Sud, s'adapte aux insecticides

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Les moustiques d'Amérique du Sud développent des résistances aux insecticides, ce qui est préoccupant pour la propagation du paludisme dans cette région du monde.

Le moustique Anopheles darlingi est un vecteur majeur du paludisme sur le continent américain, qui a pourtant enregistré des progrès significatifs dans la lutte contre cette maladie parasitaire : au cours des huit dernières années, le Paraguay, l'Argentine, le Salvador, le Belize et le Suriname ont tous été déclarés exempts de paludisme par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). Cependant, selon l'Organisation panaméricaine de la Santé (OPS), 136 personnes sont décédées du paludisme sur le continent américain en 2024.

Pendant un an, des scientifiques qui ont publié leurs résultats dans la revue Science, ont prélevé des femelles moustiques du genre Anopheles darlingi réparties sur 16 sites dans six pays d’Amérique du Sud : Brésil, Pérou, Venezuela, Colombie, Guyana et Guyane française. Ils ont montré que les progrès récents dans la lutte contre le paludisme sont menacés par des modifications des gènes du cytochrome P450 chez Anopheles darlingi. Les chercheurs soupçonnent que cette adaptation permet à cette espèce de moustique de métaboliser plus rapidement les substances toxiques, ce qui compromet l'efficacité des pesticides dans la lutte contre le paludisme dans des pays comme le Brésil, la Colombie et le Pérou. Les variations génétiques associées à ces résistances étaient liées à des zones géographiques où l’agriculture est l’activité principale. Cette signature génétique pourrait donc être due aux insecticides agricoles plutôt qu'à ceux spécifiquement utilisés pour la lutte antivectorielle.

Les chercheuses et chercheurs ont également constaté une importante divergence génétique entre les moustiques Anopheles darlingi à travers le continent, par exemple, entre ceux collectés en Guyane et ceux collectés au Venezuela. Leurs observations montrent que l'espèce s’adapte aux changements de son environnement.

Les moustiques sont extrêmement adaptables, explique Jacob Tennessen, PhD, biologiste de l'évolution spécialisé dans les maladies parasitaires à la Harvard T.H. Chan School of Public Health et auteur principal de l'étude.

Les populations importantes engendrent une plus grande diversité génétique. Parallèlement, les moustiques se reproduisent rapidement, avec potentiellement dix générations, voire plus, par an. Ces facteurs font que la sélection naturelle peut induire des changements évolutifs rapides, ce qui explique l'apparition de la résistance aux insecticides en un laps de temps relativement court.

Prévenir la résistance aux insecticides est essentiel non seulement pour la santé publique en Amérique du Sud, mais aussi à l'échelle mondiale dans la lutte contre le paludisme.

Source : CIDRAP, Institut Pasteur

Zones Associées: Brésil, Pérou, Vénézuela, Colombie, Guyane française, Guyane française, Guyana
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