Ankylostomiase : un essai de phase 2 a étudié l’efficacité de trois formulations d’un vaccin ciblant la glutathion S-transférase-1 de Necator americanus sur une infection humaine contrôlée

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En 2019, on estime que 173 millions de personnes dans les régions tropicales du monde étaient infectées par l'ankylostomiase. Ces infections se rencontrent principalement dans les pays à revenu faible et intermédiaire d'Asie, d'Afrique subsaharienne, d'Amérique latine et des Caraïbes. Les ankylostomes présentant un intérêt pour la santé humaine sont principalement Necator americanus et Ankylostoma duodenale.

Bien que le traitement des ankylostomes soit relativement simple, un traitement initial ne protège pas contre les infections futures. De plus, il existe des preuves suggérant que ces médicaments ne sont pas toujours efficaces pour éradiquer les infections, en particulier après des utilisations répétées. L'administration répétée de médicaments antiparasitaires est également un processus coûteux et fastidieux.

La glutathion S-transférase-1 de Necator americanus (Na-GST-1) est une enzyme qui se lie à un composant de l’hémoglobine, l'hème, pour le "détoxifier", car sous sa forme libre, l'hème est toxique pour les ankylostomes. Cette protéine est une cible prioritaire pour le développement de vaccins. En induisant une réponse immunitaire contre cette enzyme, on devrait pouvoir "empoisonner" progressivement les ankylostomes par le sang dont ils se nourrissent.

Des essais de phase 1 menés au Brésil, au Gabon et aux États-Unis avec la Na-GST-1 recombinante adsorbée sur Alhydrogel (Na-GST-1/Al), co-administrée avec ou sans AP 10-701 (Une formulation aqueuse de Glucopyranosyl Lipide A agoniste du récepteur Toll-like [TLR] 4) ou CpG 10104 (cytosine-phosphorothioate-guanosine agoniste du TLR9), ont démontré que le vaccin était bien toléré, sûr et immunogène. Un modèle d'infection humaine contrôlée par l'ankylostome (IHC) a été préalablement développé pour évaluer l'effet des vaccins candidats contre l'ankylostome sur l'infection. 

Un article de la revue Lancet Infectious Disease rapporte les résultats d'une étude qui avait pour objectif d'évaluer l'effet de la vaccination avec trois formulations différentes de vaccin Na-GST-1 sur une infection humaine contrôlée avec des larves infectieuses de N. americanus (NaL3), comparativement à un placebo, et d'évaluer la sécurité du vaccin.

Cet essai de phase 2 randomisé, en double aveugle et contrôlé par placebo, a inclus des adultes en bonne santé, naïfs à l'ankylostomiase, âgés de 18 à 49 ans. Les participants ont été randomisés (1:1:1:1) par blocs de quatre pour recevoir trois injections intramusculaires à deux mois d'intervalle de Na-GST-1/Al, de Na-GST-1/Al avec CpG 10104 (Na-GST-1/Al–CpG), de Na-GST-1/Al avec l'AP 10-701 (Na-GST-1/Al–AP) ou d'un placebo. Quatre semaines après la dernière vaccination, les participants ont été soumis à une IHC avec 50 souches infectieuses NaL3. Des échantillons de selles ont été prélevés toutes les deux semaines jusqu'au traitement par albendazole, débutant le 280e jour. Le critère d'efficacité principal était l'incidence de l'infection. La sécurité a été évaluée chez les participants ayant reçu au moins une dose de vaccin ou de placebo et chez tous les participants ayant subi une IHC, du jour 0 au jour 380. Les critères d'évaluation secondaires étaient l'intensité de l'infection et l'immunogénicité du vaccin.

Entre le 24 mai 2018 et le 9 décembre 2020, 39 volontaires ont été inclus dans l'étude (âge moyen : 26,7 ans, 56 % de femmes). Dix participants ont été randomisés dans le groupe Na-GST-1/Al, neuf dans le groupe Na-GST-1/Al–CpG, dix dans le groupe Na-GST-1/Al–AP et dix dans le groupe placebo. Les 39 participants ont reçu au moins une dose de vaccin et ont été inclus dans l'analyse de sécurité ; 33 ont été infectés par NaL3. Les participants du groupe Na-GST-1/Al–CpG présentaient une incidence d'infection plus faible (deux sur cinq) que ceux des groupes placebo (quatre sur sept), Na-GST-1/Al (cinq sur neuf) et Na-GST-1/Al–AP (six sur dix), ces différences n'étant pas statistiquement significatives. Le nombre maximal d'œufs d'ankylostomes dans les selles était significativement plus faible dans le groupe Na-GST-1/Al–CpG (médiane : 0,0 œuf/g) que dans le groupe placebo (médiane : 66,7 œufs/g). Le nombre maximal d'éosinophiles était significativement plus faible dans le groupe Na-GST-1/Al–CpG (médiane : 0,6 × 10³ cellules/µL) que dans le groupe placebo (médiane : 3,1 × 10³ cellules/µL). Les réponses IgG anti-Na-GST-1 induites par le vaccin étaient les plus élevées dans le groupe Na-GST-1/Al–CpG. Aucun événement indésirable grave n'a été observé et la plupart des événements indésirables étaient d'intensité légère.

Les taux plus élevés d'IgG anti-Na-GST-1 observés en association avec la protection contre l'infection expérimentale suggèrent une corrélation entre les réponses immunitaires humorales et la protection.

Source : CIDRAP

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