Séroprévalence du virus du Nil occidental chez les donneurs de sang en France métropolitaine

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La revue Eurosurveillance publie les résultats d’une étude de séroprévalence virus du Nil occidental (VNO) conduite entre 2021 et 2022, analysant près de 45 000 sérum de donneurs de sang de France métropolitaine, c’est-à-dire chez une population en bonne santé dont l’âge allait de 18 à 70 ans.

Au total, 44 490 échantillons de sérum, collectés entre novembre 2021 et juin 2022, étaient disponibles, couvrant les départements métropolitains français à l’exception de la Creuse. Le VNO présentant des similarités antigéniques avec d'autres flavivirus, un algorithme de confirmation qui, selon les résultats ELISA et les titres de neutralisation virale, a permis de distinguer les infections à VNO des éventuelles réactions sérologiques croisées avec les virus de la dengue (DENV), TBE et Usutu (USUV), et d'améliorer la spécificité des estimations de séroprévalence. 

Parmi les 44 490 donneurs de sang inclus dans l’étude, la répartition par sexe était équilibrée et les tranches d’âge étaient réparties comme suit : 5 % avaient entre 18 et 20 ans, 16 % entre 21 et 30 ans, 18 % entre 31 et 40 ans, 22 % entre 41 et 50 ans, 22 % entre 51 et 60 ans et 17 % avaient 60 ans ou plus.

La séroprévalence du VNO par test ELISA a permis d’estimer la séroprévalence nationale à 0,97 % (IC à 95 % : 0,88–1,06). Au niveau départemental, la prévalence variait de 0 % dans certaines zones à 2,45 % en Corse.

Figure : Séroprévalence des échantillons positifs aux IgG anti-virus du Nil occidental par (A) région administrative et (B) département, France métropolitaine, novembre 2021–juin 2022

L'application de l'algorithme de confirmation a permis d'établir une séroprévalence nationale plus faible et plus précise de 0,31 % (IC à 95 % : 0,26–0,37). La séroprévalence élevée attendue a été confirmée dans les régions méditerranéennes de Provence-Alpes-Côte d'Azur, d'Occitanie et de Corse, où les valeurs variaient de 0,45 % à 1,53 %. La prévalence élevée précédemment observée en Île-de-France (0,48 %) a également été confirmée à un niveau comparable à celui des régions Provence-Alpes-Côte d'Azur et Occitanie. Plusieurs départements non méditerranéens présentaient une séroprévalence élevée, notamment la Gironde (0,76 %), les Landes (0,78 %) et la Vienne (0,76 %) sur la côte atlantique, ainsi que l'Ille-et-Vilaine (0,91 %) en Bretagne. Plusieurs départements de l'intérieur, situés entre ces régions côtières, ont également affiché des valeurs de prévalence comparables, dont le Lot (0,83 %) et le Tarn-et-Garonne (1,09 %) en Occitanie, le Jura (0,76 %) en Bourgogne-Franche-Comté, et Paris (0,65 %), la Seine-Saint-Denis (0,65 %) et le Val-d'Oise (0,65 %) en Île-de-France.

Le lieu de résidence géographique était fortement associé à la séropositivité au VNO, les associations les plus fortes étant observées dans le sud de la France (Corse, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Occitanie) et en Île-de-France. L'âge avancé était significativement associé à la séropositivité au VNO dans l'ensemble de la cohorte. Les résultats suggèrent une association potentielle entre le groupe sanguin ABO et la séropositivité au VNO, le groupe sanguin O présentant une séropositivité plus élevée que le groupe sanguin A en France métropolitaine.

Comparés à ceux d’autres pays méditerranéens, la séroprévalence de 0,97% obtenue dans l'étude reste dans la même fourchette : 1,4% au Portugal, en 2022, 0,32 % à 0,9% en Italie selon les années et les populations étudiées. Comme prévu, une séroprévalence plus élevée a été observée dans les départements du littoral méditerranéen, où la transmission du VNO est historiquement documentée. L’étude a mis en évidence une séroprévalence élevée dans des régions où aucun cas humain n'avait été signalé auparavant, en particulier en Nouvelle-Aquitaine et en Île-de-France. Les premiers cas autochtones ont été rapportés dans le département de la Gironde (Nouvelle-Aquitaine) en 2023 (29 cas) et en Île-de-France seulement en 2025, ce qui suggère une circulation virale silencieuse avant 2021-2022. Les auteurs soulignent le rôle de l'Île-de-France comme plaque tournante majeure, avec deux des plus grands aéroports français, ce qui complexifie cette interprétation, les expositions liées aux voyages ne pouvant être exclues.

Les auteurs concluent que cette étude met en évidence une séroprévalence du VNO faible mais variable selon les régions en France, et suggère une circulation virale silencieuse dans des régions comme la Nouvelle-Aquitaine et l'Île-de-France avant l'apparition des cas déclarés. Ces résultats soulignent la nécessité de stratégies proactives de santé publique, incluant le renforcement de la lutte antivectorielle, une surveillance ciblée dans les zones à haut risque et un meilleur dépistage des dons de sang afin de limiter le risque de transmission du VNO. En identifiant des zones de circulation du VNO jusque-là insoupçonnées, cette étude jette les bases de la prévention de futures épidémies et de la garantie de la sécurité transfusionnelle en France.

Source : Jourdan P et al. Seroprevalence of West Nile virus among blood donors in mainland France, 2021 to 2022.   Euro Surveill. 2026;31(26):pii=2500808.

Zones Associées: France (métropole uniquement)
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