Les vaccins à ARN pourraient aussi agir en activant un mécanisme de tolérance aux maladies

mesvaccins.net

Comme tous les vaccins, les vaccins à ARN agissent en activant des systèmes de défense, anticorps et cellules cytotoxiques, qui ont pour effet d’éliminer les agents responsables d’infection, empêchant le développement de maladies. Des chercheurs de l’Inserm, du CNRS et de l’Université Côte d’Azur viennent de montrer qu’ils pourraient aussi agir par une autre voie, baptisée « tolérance aux maladies », associée à la fonction de « sénescence ». Celle-ci a pour rôle de limiter la prolifération de cellules endommagées lors du vieillissement. Elle constitue ainsi une protection contre plusieurs pathologies liées à l’âge, dont les cancers, le diabète, les maladies neurodégénératives. On sait qu’une protéine, nommée p16, joue un rôle important dans ces mécanismes en ralentissant les divisions cellulaires.

La tolérance aux maladies est un mécanisme original et encore mal connu (il ne s’agit pas ici de la tolérance immunitaire développée vis-à-vis de certains antigènes, dont ceux du soi), qui n’a pas pour cible l’agent infectieux, mais s’oppose aux phénomènes pathologiques délétères qui peuvent être déclenchés par l’infection, comme une inflammation excessive. L’équipe de D. Bulavin a montré que, chez la souris, des cellules immunitaires riches en p16 s’accumulaient avec l’âge dans certains tissus, et qu’elles le faisaient également chez des animaux jeunes en cas de lésion et d’inflammation sévère, apportant alors une protection. Les chercheurs ont également observé que certaines populations de macrophages devenaient « p16High » par activation de la voie TLR7. Or, il a été montré que cette voie était activée par les vaccins à ARN mis au point contre la covid 19. En administrant un de ces vaccins aux souris, les chercheurs ont obtenu une activation de la voie TLR7, une production de cellules p16High, et une protection contre les phénomènes inflammatoires sévères.

On avait précédemment montré que les cellules immunitaires p16High sont très diminuées dans les cas graves de covid, et que les vaccins à ARN ont permis d’activer leur production, ce qui a pu contribuer à la protection.

Pour D. Bulavin, les résultats obtenus « suggèrent que les vaccins à ARNm déclencheraient une “reprogrammation” du système immunitaire, favorisant l’émergence de cellules immunitaires p16High, l’instauration d’un état de “tolérance aux maladies” et la limitation des réponses inflammatoires excessives chez la souris et l’humain. Ils actionneraient une première ligne de défense jusqu’ici insoupçonnée, fondée sur la tolérance plutôt que sur l’élimination des agents pathogènes ». « Les cellules immunitaires p16High pourraient constituer un axe protecteur inédit dans la régulation immunitaire liée à la « tolérance aux maladies ». L’activation tout au long de la vie des voies biologiques permettant leur production pourrait ainsi avoir des effets bénéfiques à long terme ».

Des recherches et confirmations restent nécessaires avant d’envisager de cibler la tolérance aux maladies dans de futures stratégies de protection.

Référence

  1. F. Triana-Martinez, A. Pierantoni et coll. p16High immune cell - controlled disease tolerance as a broad defense and healthspan extending strategy. Immunity - doi: 10.1016/j.immuni.2026.02.013.
Vues: 4

Pages associées